Textes : Michel DRÉANO

 

PARIS COULEUR

 

A ma zone

 

Peut-être n’est-on jamais que d’un seul pays

Celui de son enfance

Ce pays c’est un essaim de souvenirs personnels

En poudre, en grains

L’odeur âcre du pneu brûlé

L’arôme du café dans la rosée du matin

La réclame à la radio pour la brillantine Forvil …

 

Nous autres les gamins des courants d’air

Les enfants du baby boom

On peut dire qu’on en a eu du bol

Je dirais même plus un vrai bol d’air pur

Car notre chance

Notre prime d’enfance

Ca a été de vivre dans une campagne à deux pas de Paris

A une époque où il n’y avait pas encore de frontière physique

Entre Paris et sa  banlieue

Mon pays c’est un entre-deux géographique

Qu’on appelait la zone 

C’était un espace libre, aujourd’hui avalé par le périph…

 

 

Le vétéran rap

 

... Me vl’à ! Je m’présente : je ne suis pas Rimbaud

Je n’suis pas un’ racaille, je n’suis pas un barbeau

Je suis un vétéran qui règne dans son domaine

Mon jardin des Tuileries c’est le Parking Verlaine

Je me fais journaliste et je te la raconte
Cette histoire authentique des cités de la honte

Dans mon vieux quartier nord mon style il a la cote

Made in 93, c’est pas de la camelote.........................

 

Je suis vraiment accro aux puls’ de la Grosse Pomme

Au son New York City des M.C. qui dégomment

Mais je travaille aussi ce bop french que tu aimes

Qui passe sur les réseaux des chaînes et des FM...

et ça donne queq’chose comme ça :

« Dans les cités où ca hip-hoppe, hop, hop

Ca pulse, ça groove et ça syncope, bop, bop

Dans les fiestas des boums des potes, top, top

Qui mène la danse ? Captain K Pote, Pol Pot

C’est assez glauque l’amour kleenex, Who’s next ?

Mais les virus n’aiment pas l’latex, tex-mex

On s’éclate sur du funk, du zouc, très plouc

Ou bien du raï Cheb Nicomouk, au souk… »

Poum pah ah poum poum pah (bis)

.

.....Je bosse au tri postal pour m’payer le sampler

De façon que mon son prenne toute son ampleur

Je programme des rythmiques sur un vieil Atari

Et je rêve de gloire, de conquérir Paris.

Je dénonce les discours, les clichés des médias

Sur la vie de banlieue qui court à hue, à dia

Je blâme les reporters qui sèment la panique

Décrivant les cités comme des ghettos ethniques

Mais quand ces fils de bourges jouent à se faire peur

Je leur fais visiter mon palace, ma demeure...

(parlé) : et je leur chante  :

... Dans les cités où ça  hip hop comm’ dirait Boris ça poulope

Y’a d’la break danse  dans les sous sols, des Picasso d’l’aérosol

Des black blancs beurs qui sont heureux et des bébés areuh areuh

 Poum pah ah poum poum pah...

 

Je rêve d’un vrai métier, pas d’un stage inutile

Et que mon grand ensemble mette le cap sur les îles.

Dans ma cité larguée où le front grimpe au score

Quand j’vois les poulardins rappliquer dans l’décor

Je me dis que les jeunes ont d’la misère en France

Que si c’est pas le Bronx, c’est pas non plus Byzance.....

Je me fais journaliste et je te la raconte
Cette histoire authentique des cités de la honte

Dans mon vieux quartier nord mon style il a la cote

Made in 93, c’est pas de la camelote......

Super dédicace à Victor Hugo, yo !

 

 

Michael Dream

 

Je m’appelle Michaël Dream. Un soir de cuite j’ai enlevé le o de mon nom. C’est Hatao, un ami japonais, qui me l’avait soufflé ce pseudo anglo-saxon. Au cas où j’aurais persévéré dans mon projet de faire l’artiste. À cette époque, il nous arrivait, Hatao et moi, de marcher le soir jusqu’aux lisières de la banlieue nord. Nous poussions même jusqu’à Saint-Denis, au-delà de l’ancienne zone des gazomètres. Pour nous c’était la frontière. Dans l’eau noire du canal se reflétait la voix lactée des lampadaires. Au-delà c’était déjà un autre espace-temps. Alors on s’en revenait vers Paname par Aubervilliers.

 

Bien des années plus tard, je refais seul ce périple et en voiture cette fois. Les friches industrielles ont laissé place aux firmes de l’économie mondialisée. Tout baigne. Dans un univers publicitaire composé  de panneaux 4x4 et d’enseignes lumineuses. Je pense à Hatao et je me dis qu’au moins chez lui, au Japon, je serais fasciné par les signes indéchiffrables des néons de là-bas… Défilé de dépôts, de hangars, de centres commerciaux, d’immeubles aux parois de verre. Tags plein les tunnels, murs recouverts de graffiti rappelant le style des illustres prédécesseurs. Bad Boys Crew et autres Fabulous Bomb Inability. Rien de nouveau sous le soleil aérosol. A One est mort mais son autoroute est enfin recouverte de gazon. Là, les chibanis peuvent enfin se poser sur des bancs pour admirer de jeunes Noirs en survêt, se la jouer N.B.A. dans l’espace grillagé dévolu au basket de rue.

 

De l’extérieur, la nouvelle cathédrale locale tient à la fois de la soucoupe volante et du chaudron gaulois. Quant à la gothique basilique, elle n’a toujours pas retrouvé sa flèche. Frappée naguère par la foudre de Thor ou de Jupiter. Sous le pont de Soissons, le RER attaque un solo de poutrelles métalliques. Et le bruit qu’il génère à ce putain de son, ce vieux groove hypnotique de l’infrabasse des ghettoblasters. Time flies man ! Je ne m’appelle plus Michaël Dream. Mon ami Hatao est rentré à Tokyo. Je ne bois plus. J’ai remis le O à la fin de mon nom. Je réponds désormais au nom de Dréano. Et dans le slam, « Dréanosan » c’est mon pseudo.

 

 

Clic-Clac 

 

Pourquoi j’te tir’ plus ton portrait de face ?

Car ton minois il me lasse

Je te prenais sous tout’ tes coutures

J’t’adorais en trente-six postures

Dans le cuir, le vinyl, la fourrure

Tu n’es plus beau sur mes photos

L’objectif a  bien vu ce qui déjà n’existait plus

 

Zoom back, bell’ black, clic-clac

Top model tête à claques

Je m’braqu’, j’dis stop, je craque

J’prends mes cliques et mes claques

 

Pourquoi te r’toucher ? À quoi bon tricher ?

Mêm’ de dos tu me glaces

Si ton corps ne prend plus la lumière

N’essaie pas de régim’ pour me plaire

Ce n’est plus un’ question d’savoir-faire

Tu n’es plus bell’ sur mes photos

L’objectif a bien vu ce qui déjà n’existait plus

 

Zoom back, bell’ black , clic-clac

Top model tête à claques

Je m’braqu’, j’dis stop, je craque

J’prends mes cliques et mes claques

 

Pourquoi j’te tir’ plus ton portrait de face ?

Tout pass’, tout cass’, tout lasse

Mêm’ si t’es mannequin chez Chanel

Toute nue sous le cuir et la dentelle

Devant le Tout-Paris paparazzi

Collections d’été pour l’Asie

J’te donn’ mon Rollei-Fleix mon talent n’est plus qu’un réflexe

 

Zoom  back, bell’ black, clic-clac

Il suffit d’appuyer

Tu zoom avant, tu m’braques

Tu clic et j’prends mon pied

 

Zoom back, bell’ black, clic-clac

Top model tête à claques

Je m’braqu’, j’dis stop, je craque

J’prends mes cliques et mes plaques.

 

 

C’est Thelonious  

 

Qui ?

Frott’ son silex aux mill’ menhirs de Manhattan

Quand les poètes de la Grosse Pomme font leur ramdam ?

 

Qui ?

Vient recueillir le chant profond des Algonquins

Dans la fumée du calumet amérindien ?

 

Qui ?

Aux équinoxes et aux éclipses, flocons de neige,

Va fair’ tanguer sur son clavier, tout un  manège ?

 

C’est Thelonious, c’est Thelonious

Le moine fou

Au chapeau mou

Qui rôde autour de minuit

 

Qui ?

Va chaloupant dans les lumières de Tribeca

En psalmodiant sa mélodie a cappella ?

 

Qui ?

Inspiré par les plaintes rauques des Iroquois,

Chante aux clairières du quaternaire des séquoias ?

 

Qui ?

Creuse son sillon de plaisir dans le saphir

Du rayon vert des cordes d’acier du désir ?

 

C’est Thelonious, c’est Thelonious

Le moine fou

Au chapeau mou

Qui rôde autour de minuit

 

Qui ?

Creuse son sillon de plaisir dans le saphir

Du rayon vert des cordes d’acier du désir ?

 

C’est Thelonious, c’est Thelonious…

 

 

La glace sans tain

 

Je suis une glace sans tain. Dans une rue tranquille de Pantin. Certains s’arrêtent et se mirent en moi : des gros, des gras, des ventres mous et des femmes à boa ; des jaunes, des noirs, des balafrés, des malabars, des tatoués. Quant aux autres ce sont des ombres furtives, des silhouettes entrevues, qui filent vers le métro Hoche, tout proche. Ceux qui s’arrêtent me sont transparents. Le plus souvent je lis en eux très facilement. Parfois, face à un visage entièrement refait, j’ai du mal à faire mon job de psyché. Mais je finis par assurer, en vraie professionnelle. Le plus souvent j’ai affaire à des femmes qui se remaquillent avant leur rendez-vous galant. Celles-là, j’ai fini par en faire des complices. Et elles me rendent visite à heures fixes. Ce qui me rassure et m’aide à supporter ma solitude.

La nuit mon propriétaire me couvre d’un volet. Ce qui me force à regarder à l’intérieur de son appartement où avouons-le il ne se passe pas grand chose. Vu que je suis obligé de fixer un corps quasi immobile, lequel scrute un autre miroir, télévisuel celui-là ; dont j’aperçois le mouvement des ombres sur le mur d’en face, tel Platon sur les parois de sa caverne.

Ah ! j’oubliais de vous dire : avec le temps, ma surface se plie vers le convexe. Et, du coup, cette myopie m’aide à mieux vieillir. Alors je tolère enfin les murs aveugles, les hôtels borgnes et même les anciennes fabriques du quartier, transformées en galeries d’art contemporain. J’ai même fini par me faire aux pavillons Loucheur, restructurés et habités par une nouvelle bourgeoisie de jeunes ambitieux, aux coûteuses lunettes de marque. Bref, je finis par me dire que, puisque dans l’immobilier tu n’as jamais rien à l’œil, il faut décidément de tout pour faire un monde de voyeurs…


 

Pourquoi ne peut-on pas ?

 

Majeur et vacciné au 9.3. Saint-Denis

Gaulois,rebeu,renoi, c’est ton bled c’est ton nid

Des tchatcheurs du quartier tu te crois le meilleur

Tu refuses l’étiquette des banlieues de la peur

 

Dans le creux de tes poings y’a une envie de crime

Mais tu programmes ton casse au magasin des rimes

Tu balances en cadence les nouvelles,les échos

Les brûlots des rebelles sous les panneaux Decaux
De ta plume assassine tu coupes l’éditorial

Tu persistes et tu signes, ton fanzine, ton journal

Oui ton style a la rage des griots de cité

Depuis que se propagent les incivilités...

 

Pourquoi ne peut-on pas ? (bis) Pourquoi ne peut-on pas vivre là ? Poum pah

Pourquoi ne peut-on pas ? (bis) Pourquoi ne peut-on pas vivre là ?

 

Tu dénonces le système qui a détruit ton père

Chômeur de cinquante ans qui se tait qui se terre
Et pour toi pas question de faire comme lui
De te tuer au boulot dans la graisse et la suie

 

Tu rêves de châssis grand sport et de merveilles

De filles que tu câlines sur la plage au soleil

Tu cours en solitaire, tu cultives ton corps

Mais tu n’as que ton flow pour crever le décor

Dans ta cité blindée, anonyme et sans âge
A coulé sur ton coeur l’ombre noire de ta cage
Et le ghettoblaster des surdoués de la zone

De sa basse te décoll’la plèvre et les neurones

 

Pourquoi ne peut-on pas ? (bis) Pourquoi ne peut-on pas vivre là ? Poum pah

Pourquoi ne peut-on pas ? (bis) Pourquoi ne peut-on pas vivre là ? 

 

Tu craches sur la racaille qui se fait une tir’-lire

A grands coups de bastons et de vols à la tire

Tu blâmes ces chacals qui trempent dans le deal

Qui veulent jouer les caïds,les sultans de la ville...

 

Mais quand la jeunesse bouge dans les quartiers chagrins

Et que la colère couve excitant les villains

Tu te solidarises avec ces nouveaux gueux

Qui pillent la marchandise qu’on étale sous leurs yeux

Tu mets dans le même sac la classe politique

Tu te demandes pourquoi voter pour des cyniques

Ils ne font que ruser et s’comportent comm’ des lâches

Alors tu réagis et tu balances ta tchatche... AU REFRAIN (BIS)


 

Tout juste 19 ans

 

Tout juste 19 ans, il marche dans la ville,

Ell’ lui est étrangère, avant c’était tranquille,

Il y’ avait des chevaux tout près de la cascade
C’était avant le temps des hypers, des rocades,

Depuis les lotiss’ments ont envahi l’espace
Et l’on a démoli le pigeonnier d’en face

Il ne reste plus rien de la ferme du grand-père

Où il jouait l’été avec ses potes d’hier

 

Il voulait s’envoler vers les îles sous le vent

S’arracher du quartier, au décor désolant,

 

Tout juste 19 ans, il marche dans la ville

Il regarde les vitrines pleines de choses inutiles

Total’ment dégoûté par ce monde rapace

Il voudrait s’envoler de la tour en plexiglas

Planer comm’ l’albatross sur les quartiers sans joie
Et fair’ kiffer les anges dans les rues, sur les toits

Il écrit des poèmes qui font gonfler ses voiles

Il balance sur la toile, une bouteille aux étoiles...

 

Il a trouvé son île, il s’envole à sa guise

Avec ses mots-valises, plus besoin d’Iles Marquises...


 

Je marche sur le ballast

 

Je marche sur le ballast et je ronge mon frein

La micheline passe, je l’évite d’un coup d’rein

Croyez pas que j’déraill’ là sur la voie ferrée

J’ai le blues ferroviaire :  j’aime le verbe errer

Je regarde les mômes faisant leurs premières gammes

Avec une bombe au chrome vandalisant les rames

Au mépris du danger pour devenir des hommes

Ils se croient à New York dans l’métro d’la Grosse Pomme…

 

Chop’ le slam de  la gare dans un lieu pas ringard   

Qui pulse et puis qui groove au quai départ du mouv’ment

 

Je découvre une gare, désaffectée, magique

Où les calligraphies se font cabalistiques

Du lettrage le plus pur à la ligne la plus claire

À la gloire d’une peinture s’exposant en plein air

Je m’initie au style des graffiti-artistes

Qui mettent des couleurs sur la ville aux murs tristes

Déposant leurs brûlures aux friches des terrains vagues

Et sur les palissades envahies par les tags…

 

Chop’ le slam de  la gare dans un lieu pas ringard 

Qui pulse et puis qui groove au quai départ du mouv’ment

 

Je traque l’inspiration en dansant sur les rails

D’un poème  en action dédié à la canaille

Qui parl’rait des apaches et du cheval de fer

Rim’rait avec panache et sentier de la guerre

Je regarde les avions, je suis leur trajectoire

Qui frôle l’autoroute près de l’aérogare

Le Trans-Europ Express qui bondit dans la nuit

La micheline bondée qui file vers Paris…

 

Chop’ le slam  la gare dans un lieu pas ringard 

Qui pulse et puis qui groove au quai départ du mouv’ment

 

 

Tu me fais voyager

 

Tu me fais voyager en parlant d’un tramway

Où les blacks et les beurs tchatchent du Charles Trenet

Devant le grand mural de A One et JonOne

Qui des 4 000 Nord sont le seul patrimoine

Tu me parles de ta cage de béton et de verre

Qui donne sur le musée des cultures légumières

Et toi le Toucouleur, le griot, le M.C.

Tu chantes la mutation d’une banlieue galaxie…


 

Paysage humain

 

J’étais un jeune homme de la nuit

J’aimais son alcool et sa faune

Et j’obtenais des plus jolies

La promesse qu’elles me téléphonent

Mais aujourd’hui c’est la faillite

Tout me trahit mon pas hésite
Au cœur des villes et des cités

À l’inquiétante étrangeté…

 

Paysage humain

Prête-moi tes yeux

Pour que j’y voie mieux

 

J’étais le Gaspard de Verlaine

Attiré par la grande ville

Comme aux lampadaires la phalène

J’ai papillonné, inutile

De vous dire que j’ai trop rêvé

Pendant mes jeunes années et

Puis je n’ai pensé qu’à l’argent
Je voulais être indépendant…

 

Paysage humain

Prête-moi tes yeux

Pour que j’y voie mieux

 

Tout près du cœur j’ai une pile

Qui bouge quand je repense à toi

Toi le fils que j’ai peu connu

Et que je n’ai jamais revu

Et toi Païs du fond des âges

Je t’oublie peu à peu… Eh oui !

Les rides de ton paysage

C’est moi qui les porte aujourd’hui…

 

Paysage humain

Prête-moi tes yeux

Pour que j’y voie mieux

 

Le temps m’a battu comme plâtre 

La solitude ne me vaut rien             

Mais il en faut plus pour m’abattre

Ce qui ne vous tue pas soutient

Le désir de tourner la page

D’accueillir un nouvel amour

Se dire « la vie n’a pas d’âge »

Et faire encor’ trois petits tours…

 

Paysage humain

Prête-moi tes yeux

Pour que j’y voie mieux

 

Paysage humain

Dans le souterrain

Donne-moi la main.

 

 

Loulou, agent d'ambiance

 

Loulou...

 

Il s'est formé à l'école de la rue

Il sait bien que pour lui le bachot c'est foutu

Mais il travaill' ses textes et il se décarcasse

Il est rap plus cinq et là il nous surclasse...

 

Il voit les môm's qui portent des survêt'
Groupés devant les porch's ils voudraient fair' la fête

Loulou sait qu'les p'tits frères le sport ils aiment bien çà

Ils s'envol't dans les airs un ballon sous le bras...

 

Loulou sait qu'on rase pas gratis

De Ris-Orangis à Memphis

Loulou il est agent d’ambiance

d’un quartier en souffrance...

 

Loulou...

 

Il a les boules car ça sent le sapin

Quand les flics à Noël déboul't chez les voisins

Le coup passa si près que le dealer tomba

Toujours le mêm' folklore, toujours les mêmes combats...

 

Il cherche encor' sa place dans le trafic

Ce qu'il fout sur la terre et il rêve d'Afrique

Quand la chaleur s'installe au début de l'été

Il fait danser tout l'monde au coeur de la cité...

 

Loulou sait qu'on rase pas gratis

De Ris-Orangis à Memphis

Loulou il est agent d’ambiance...

...d’un quartier en souffrance...

 

 

Loulou sait qu'on rase pas gratis

De Ris-Orangis à Memphis

Loulou il est agent d’ambiance...

...d’un quartier en souffrance...

 

Depuis trop longtemps.

 

 

Tenir les murs

 

Paraît que leurs immeubles sont des bateaux fantômes dans la brume d'hiver...

 

Paraît que leurs immeubles ont le tatouage coriace

Du tag à l'âme de la plus haute tour

De guerre lasse

Ils noircissent les murailles

Du long poème de leurs rengaines voyou

Ca les excite beaucoup

Bien qu'au fond ils soient très doux

Oui parfois ils jettent la pierre

Dans les contre-allées tracées

Au cordeau et à l'équerre des beaux jardins français

Mais ne vous inquiétez pas

Tant qu'ils rempliront leurs cabas

Ils resteront là

À tenir les murs

Tenir les murs.

 

Paraît que leurs immeubles sont des bateaux fantômes dans la brume d'hiver...

 

Paraît que leurs immeubles veulent larguer leurs amarres

Qui les empêchent d'appareiller

Ils en ont marre

D'être entravés, attachés,

Avant de terminer tout de blanc bâchés

Dans un costume de milord

À l'heure de leur mise à mort

Oui parfois ils jettent l'éponge

Dans les vapeurs des alcools

Des poudres et des colles à en perdre la boussole

Mais ne vous faites pas de soucis

Tant qu'ils rempliront leurs caddies

Ils resteront là

À tenir les murs

Tenir les murs

 

Paraît que dans le bâtiment

Quand tout va, tout va vraiment

Mais rien ne dure indéfiniment

Au prochain soulèvement

Ils seront tous là

À faire tomber les murs

 

Tomber les murs.

 

 

L’implosion

 

Plan large de la barre que l’on va dégommer

Un monstre de béton que l’on va déraciner

La foule est immobile, caméscopes en faction

Le ministre est venu fêter la destruction

 

Un jeune homme en colère en a gros sur le cœur

Alors face aux micros, devant les magnétos

Il parle des familles qui ont déménagé

Pour un nouvel exil les mettant en danger

 

Une barre plombée, une mort programmée

On entend le bruit sourd, elle vient de tomber

 

L’implosion n’a duré que deux petites secondes

Si certains applaudissent d’autres pleurent ou s’effondrent

 

Beaucoup portent le deuil des quartiers dévastés

De ces vaisseaux de pierre, de leur ombre portée

Sur la jeunesse enfuie, les amis dispersés

Les rires dans les couloirs et dans les escaliers.

Un caméraman suit le jeune homme en colère

Très gros plan sur ses larmes devant le tas de pierres

 

Voilà c’est terminé, circulez, circulez
Il est l’heure de rentrer rallumer la télé

Pour revoir les immeubles s’effondrer en poussière

Quand des familles sans toit grelottent en plein hiver.


 

 

Valse sous la douche

 

Ma première chanson sous la douche

C’est en y rêvant

Tout petit enfant

Justement 

Ben y’en avait pas

Dedans nos gourbis

Nous on allait tous aux bains douches

Municipaux

Tous les sam’dis

 

Cet air là oui j’avoue qu’il me touche

Comme une mad’leine

Quartier d’La Chapelle

Chez Marcel

Mon père et ma mère

Tout comm’ leurs copains

N’avaient pas encor’ la télé

On écoutait

La T.S.F.

 

Une valse d’avant

Le temps des écrans

Qui ne pass’ plus à la radio

Vu qu’elle est trop rétro

Mais je m’en fous

 

Un jour en revenant de la douche

Je l’ai entendue

Au coin d’une rue

Disparue

Depuis bell’ lurette

Mais cett’ mélodie

Que je me chantais sous la douche

Reste gravée

Dans ma mémoire

 

Et ce soir la chanson qui me touche

Chantée sous la douche

C’est  Julie la rousse

Pas farouche

Ell’ préfèr’ l’impair

En vers féminins

Sur les touch’ d’un accordéon

Qui fait chanter

Rire ou pleurer

 

Une valse d’avant

Le temps des écrans

Qui ne pass’ plus à la radio

Vu qu’elle est trop rétro

Mais je m’en fous

 

Une valse d’avant

Le temps des écrans

Qui ne pass’ plus à la radio

Vu qu’elle est trop rétro

Mais je m’en fous.


 

Félix Gracias a la vida

 

Tu es né dans la boue, la tête dans les étoiles

Dans une cabane en planche chauffée par un vieux poêle

À la Plaine-Saint-Denis, un printemps plutôt froid,

Bidonville Cornillon 1963.

Tes parents andalalous avaient fui la misère

La faim et le franquisme pour une terre nourricière

On te nomma Félix dans la liesse familiale

D’avoir, en terre de France, un nouveau petit mâle…

Gracias a la vida

 

Réchauffant tes entrailles, fixant la voie lactée,

Ta mère t’a bercé sous la tôle ondulée

Tes premiers souvenirs, autour du brasero,

C’est l’arôme du café et le cante jondo

À six ans, la laïque, l’obligatoire école

Te tapa sur les doigts, te ficha des torgnoles

“Qu’il est beau ce petit, je le verrais bien facteur !”

Disait la directrice, croyant faire ton bonheur,

Te trouvant l’air rêveur et sauvage des poneys

Caressant longuement tes cheveux noir de jais

C’est vrai que t’en rêvais des étés andalous

Chez les cousins germains du côté de Cordoue...

Gracias a la vida

 

Réveillé par les poules, les coqs et les chevaux

Affalé dans la grange, dans l’odeur du foin chaud,

Tu rechargeais tes piles solaires et tes batteries

Avant de retrouver le ciel gris de Paris

Ton foyer d’immigrés et ton barrio chino

Ton quartier espagnol, ta banlieue au sang chaud,

Où les gens s’aimaient bien (ils étaient solidaires)

Ils jouaient à la pétanque, ils se sentaient tous frères

C’était un peu l’Espagne, moins le soleil, moins l’espace,

Chorizos, patatas, caracoles, tapas...

Gracias a la vida,

 

Tu crèches en banlieue nord à deux pas de Paris

Tu roules en 404 couleur jaune canari

Tu reprends l’autoroute vers le périphérique

En longeant les usines, les bâtisses couleur brique,

Aujourd’hui, comme avant, tu fais ta corrida

Et tu bénis la vie, gracias a la vida,

Gracias a la vida !

 

 

 

Vieil encrier d’encre violette

 

Dans mon bistrot un peu baroque

Comme chaque matin je cale

Entre mon bloc-notes et mon bock

La page blanche me fait du mal

Puis je déambule sans fin

Tout en regardant les nuages

Je sifflote un vieux refrain

Sur le grand chemin de halage…

 

Ô mon canal du bout d’la rue

Sous le ciel pâle mon coin perdu

J’peux tout te dir’, t’en as tant vu…

 

Au fond de ton lit asséché

Machines à coudre et mobylettes

Je m’enhardis à dénicher

Tout un tas d’objets obsolètes

Un jour sous la 2 CV noyée

Qui fut la voiture de maman

J’ai retrouvé son encrier

Offert par l’un de ses amants…

 

Ô mon canal du bout d’la rue

Sous le ciel pâle mon coin perdu

J’peux tout te dir’, t’en as tant vu…

 

Vieil encrier d’encre violette

Depuis devenu talisman

Tu me racontes des bluettes

Quand j’ai le blues en fond d’écran

Et toi mon copain le canal

Lorsque je marche à reculons

Tu me remontes le moral

De Noël au jour le plus long

 

Ô mon canal du bout d’la rue

Sous le ciel pâle mon coin perdu

J’peux tout te dir’, t’en as tant vu…

 

 

Wong Lee

 

Wong Lee ma voisine est coquette

Chapeaux de paille et de papier

Elle est née à Savannakhet

Loin du canal d’Aubervilliers

Nul ne connaît sa vie, son âge

Je l’observe à la dérobée

Quand elle arrose, à notre étage,

Les fleurs de son jardin secret

Wong Lee a pour amie intime
Milouda qui cherche un emploi

Ensemble elles déchiffrent les signes
La calligraphie du chinois

 

Elle me fait de l’effet Wong Lee
Quand je la croise ell’ me sourit

Elle ensoleille mes lundis

Entre Epinay et Saint-Denis

 

À la laverie automatique

Où tout le monde attend Godot

Dans un silence métaphysique

Elle sort de son vieux landau
Des rouleaux de printemps, des nems

Un thermos de thé au jasmin
Les verres semblent de porcelaine
Tenus entre ses doigts si fins

Elle offre aux jeunes et aux vieux

Comme un goût de Savannakhet
Dans ce décorum de banlieue
Entre fabrique et supérette

 

Elle me fait de l’effet Wong Lee
Quand je la croise ell’ me sourit

Lundi prochain je m’inscris

À son cours de calligraphie.


 

Le naufragé

 

Salut à toi le pilier de comptoir

Toi  l’envoyé spécial au bout du bar

Tu fais la pige à tes meilleurs confrères

Toi l’obscur localier

Reporter...

 

Toi le nez rouge au petit bleu chambré

Tu fais des brèves de comptoir insurgé

Autant de perles que j’aim’rais imprimer

Aux colonn’ des canards

Déchaînés

 

Salut à toi le naufragé aux yeux perdus dans la fumée

Le plumitif qui perd ses vers à la rubrique des faits divers

 

Salut à toi poète déchiré

Plongeur de rimes aux rades chavirés

Ce soir à sec et qui s’accuse en vain

D’avoir noyé sa plume

dans l’rouquin

 

Toi le passager de la dernière cuite

Toi l’homme échoué fêlé jusqu’au cockpit

Dans les vapeurs des alcools décapants

A réveiller les corps

Des gisants...

 

Salut à toi le naufragé aux yeux perdus dans la fumée

Avant qu’on te mette en bière (allez!)  un poème dit un verre offert...

 

 

La petite dame d’Argenteuil

 

La petite dame d’Argenteuil, octogénaire bon pied bon œil, écoute pousser la ville autour de son pavillon en meulière. Elle se prénomme Esther et sa langue maternelle est le yiddish.  Le mercredi, elle fait du thé pour accueillir le jeune Habib. Un petit garnement de 15 ans, assez fier d’être arabisant, qui veut apprendre à déchiffrer l’alphabet hébraïque car il aime la calligraphie comme les graffeurs de sa téci. Habib s’ennuie chez ses parents. Il n’a ni livres ni écrans alors il se rend chez Esther, la petite dame d’Argenteuil, au doux parfum de chèvrefeuille. Si les copains de son quartier parfois le traitent de bouffon, Habib s’en fout. C’est des moutons qui ne maîtrisent que le verlan et parlent de se rendre au Pakistan pour le djihad évidemment. Lui est plus intelligent. Même s’il vénère le Coran, Habib lit Le Monde Diplomatique en sirotant son Liptonic. Esther préfèrerait autant qu’il répare enfin son auvent mais il la presse de questions puis s’endort d’un sommeil profond…

 

La petite dame d’Argenteuil le réveille avec des kneidler, des quenelles à la polonaise, que le garçon s’est juré d’apprendre à faire pour un jour épater sa mère. Esther revient avec un lourd recueil de nouvelles juives d’un auteur qui porte un nom de machine à coudre. Habib apprécie quand elle en lit une spécialement pour lui… La petite dame d’Argenteuil grignote comme un écureuil les noix et aussi les noisettes de Marcel, le cantonnier en retraite. Lequel les lui rapporte en automne du jardin qu’il entretient avec amour tel un jeune homme. Esther et Marcel adorent tailler une bavette en picolant… le Picolo d’Argenteuil. Mais quand Habib, un peu jaloux, trouve que cela a assez duré de parler du temps passé, il les interrompt et se lance dans la déclamation de ses propres poèmes. Façon slam ou bien NTM. Tout en épluchant les reinettes pour le strudel aux raisins secs, austro-hongrois, slovaque ou tchèque…

 

La petite dame d’Argenteuil (qui chante oï oï pitchi poï), n’aime pas trop que son protégé, encore pour la énième fois, lui demande de raconter comment un matin de juillet, en 42, elle s’est taillée du traquenard du Vél d’Hiv’ sous les yeux d’un gendarme ivre. Elle veut lui parler de Michel, le fils qu’elle a élevée seule et qui fait sa vie en Amérique dans le pétrole et les derricks. Le garnement insiste cependant pour qu’elle reparle de Paris pendant l’occupation nazie. Tiens ! Justement, sur le bureau, trônent quelques ouvrages de Modiano… Rue des boutiques obscures, Les boulevards de ceinture, La Place de l’Etoile… Autant de titres qui l’attirent, lui Habib, vers la littérature. La prochaine fois (se dit Esther) je lui dirai les ateliers et le Sentier, l’apprentissage du métier, des schmattès à la haute couture et les cousins qui survécurent… 

 

La petite dame d’Argenteuil est seule à présent sur le seuil. Elle regarde le jeune Habib s’éloigner vers sa cité. Un vide l’envahit soudain dans ce décor contemporain de tours, de barres et de grues, vers Courbevoie bouchant la vue. Elle a le pressentiment que rien ne sera désormais plus comme avant ; ça lui fait vraiment mal au cœur que tous les pavillons Loucheur soient pollués par les canettes et les plastiques des supérettes qui envahissent les jardins où pousse encore le romarin. Un vent frisquet la désarçonne. Et voilà soudain qu’elle frissonne. Elle replace son châle sur ses épaules qu’elle a frêles. Elle referme sa porte à double tour -il y a des rôdeurs aux alentours- après avoir laissé rentrer deux ou trois matous du carrefour, qu’elle gavera de mou de veau tout en écoutant la radio. En maudissant seule dans sa chambre le froid sinistre de novembre.

La petite dame d’Argenteuil ce soir ne dort que d’un œil. Vers minuit une sourde angoisse la cueille. Mais elle se console en pensant à son petit invité du mercredi. Et elle se rappelle qu’en arabe, Habibi ça signifie « mon chéri »…


 

Momo de Gennevilliers

 

C’est l’histoire de Momo qu’en est jamais rev’nu

D’avoir osé s’éloigner de sa rue

Il n’habitait pas loin du port de Gennevilliers

Il bossait en usine détestait ses tauliers

Le jour d’ses vingt-cinq ans, il a démissionné

Sa famille, ses copains en sont restés bouch’ bée

L’a vidé tout son compte et mêm’ son Codevi

Décidé qu’il était vraiment à changer d’vie

Là-bas sous les tropiques, il pensait qu’ça s’rait mieux

En tout cas plus glamour que la vie de banlieue

 

Près du canal du nord il rêvait de Java

Et le café du port c’était Surabaya

 

Momo s’est envolé pour le Guatemala

Et il a pris le car de Guadalajara

Là, pour gagner sa croûte il lavait les cass’roles

Des restaurants tex-mex, frijoles, guacamoles

Puis il s’est décidé à monter aux villages

Des plateaux mystérieux des chamans et des mages

Où des sorciers toltèques fumèrent sa moustache

Quand il est revenu sur le plancher des vaches

Il se mit aussitôt à l’absinthe, au mescal

Avec des matelots en goguette d’escale

 

Vera-Cruz, Tampico, vl’à Momo dans l’décor

Des plaisirs tropicaux, merengue mi amor

 

Momo est revenu revoir son Gennevilliers

Retrouver son quartier, ses copains d’atelier

C’était pas Cristobal le tonton d’Amérique

L’avait pas fait fortune avec l’or du Mexique

En famille le dimanche il raconte ses histoires

La mère sert le café avec l’alcool de poire

Le père soudain se lève, il éteint la télé

Et il dit « viens mon fils, viens on va s’balader »

Ils marchent côte à côté en espérant qu’il pleuve

Et ils pressent le pas en direction du fleuve…

 

Sur l’écluse de la Briche, le vent soudain se lève

Et passent les péniches qui s’en vont vers les rêves

Et s’en vont vers les rêves

Et s’en vont vers les rêves…

 

 

L’accordéon du daron

 

Tu as grandi Willy près d’un bal de quartier 

Dans un’ famille nombreuse d’ouvriers

Depuis la communale ton chemin tout tracé

Y a pas de sot métier

Ton père , un brave type, c’était pas un pt’it chef

Tu l’voyais pas bézef

Car il travaillait dur pour payer les crédits

Et tes cours d’harmonie

 

Tu jouais d’la vals’ musette pour plaire à ton daron

Qui t’a poussé très tôt  à jouer d’l accordéon

 

T’étais le Lucky Luke de la valse musette

Tu descendais les gamm’ aussi vite qu’Yvette

Mais voilà que tes frères se firent blousons noirs

Chaîn’ cuirs et foulards

L’un c’était ton Johnny l’autre ton Brando

T’admirais leurs motos

C’était la mauvaise graîne dont ta mère avait peur

Que tu le fasses le rocker

 

Tu jouais la vals’ musette au tempo Brown Sugar

Et ton accordéon tu l’as mis au rancart

 

Le jour chauffeur livreur, la nuit road manager

Tu comptais plus tes heures

Ta dos’ d’amphétamines plus le steak de houblon

Tu virais au pochtron

T’étais trop fatigué, tu roulais sous la table

Tu t’étais mis minable

Tu bouffais du tranxène de l’antidépresseur

Lessivé le rocker

 

Tu jouais la vals’ musette version heavy metal

C’était du gros qui tâche et ça valait que dal

 

Alors t’as tout plaqué, t’as fait le VRP

L’a fallu te nipper

Mais c’était pas ton styl’, t’était pas naturel

Tu es bien trop rebelle

Tu t’es mis à écrire des valses jazzifiées

Des javas bien troussées

T’as largué tos boulot et t’as fait des chansons

Avec l’accordéon…

 

 

From L.A. to Bagnolet

 

J’en avais marr’ de cett’ vieill’ France

Je rêvais de voir l’Amérique

Et depuis ma plus tendre Enfance

Je jouais d’la guitare acoustique

Oui j’en pinçais pour New Orlean’

Pour les bluesmen blancs de Nashville

Quelques trav’llers, deux paires de jean’

À 20 ans  la route c’est facile…

 

…Me voilà sur la sixty-one

À longer le Mississipi

Le sac à dos et la banane

Bref du routard la panoplie

Dans les wagons de marchandise

Comm’ un passager clandestin

La peur a mouillé ma chemise

Et j’ai eu froid et j’ai eu faim…

 

J’suis qu’un cow boy de série B sorti d’un western cassoulet

J’suis qu’un cow boy de série B sorti d’un western cassoulet

From L.A. to Bagnolet

 

J’ai fait la manche dans les rues

Du San Francisco chic et gay

Avec’ un’ gratt’ un peu tordue

En chantant du folk engagé

J’ai fait la plonge à Santa Cruz

Chez une fill’ de la jet-set

J’ai pu enfin m’la couler douce

Et j’ai fumé tout’ sa moquette…

 

…Non je n’ai pas pu m’habituer

Aux pizzas molles et aux chiens chauds
Aux hamburgers sucrés-salés

Aux chicken fries et aux fayots

Quand j’ai eu les trois cents dollars

Pour le payer le Jumbo Jet
Dès Roissy à l’aérogare

Je m’suis j’té sur un’ andouillette

 

J’suis qu’un cow boy de série B sorti d’un western cassoulet

J’suis qu’un cow boy de série B sorti d’un western cassoulet

From L.A. to Bagnolet.

 

 

L’équipée Los Craignos

 

De mes vingt-cinq printemps en banlieue parisienne

Je m’souviens de mes potes de Seine-Saint-Denis

J’y vivais une bohème de banlieue plutôt saine

J’faisais partie d’la bande des « Ringards » de Rosny 

Sans bagnole tu fais rien tu bouff’ du RER

Ou tu regardes passer tous les beaufs au Mammouth

Alors pour oublier les pavillons meulière

Y’avait qu’deux solutions : la musique ou la route…  Et nous on a choisi la musique !

 

 Faudrait pas nous d’mander si on avait un style

On mouillait nos chemises et nos thermolactyls

À la batterie Riton, la terreur des baguettes

Qui paumait toutes ses douilles en secouant la tête

Nanar l’saxophoniste était gardien de stade

Et Jipé le gratteux, un bidasse, un sans grade

Denis le beau bassiste étudiait la physique

Et moi c’était Michtô la bille en mécanique…

 

Nos minettes de banlieue avaient une santé d’fer

Elles jouaient même au football et tiraient les corners

Quand le vieux bus usé crevait sur l’autoroute

Elles jouaient d’la manivelle, c’était pas la déroute

 

L’épopée de ce groupe dura près de trois ans

Compagnons de la dèche, des tuiles et des jours-sans

De baloches en galères en projets qui capotent

Des liens indissolubles soudèrent le groupe de potes…

 

J’aim’rais tous vous revoir un jour dans mon Paname

Où j’habite maintenant avec cell’ qu’est ma dame

On évoqu’rait l’passé, on ferait des projets

D’aller taper le boeuf chez Dédé d’Bagnolet

 

Manouche et latino, on s’appelait Los Craignos

On s’endetta beaucoup comme tous les musicos

Restait plus qu’le baloch’ pour payer le matosse

Qu’on verrouillait le soir dans le garage blockhaus

 

Le disque enfin sortit, sans tambours ni trompettes

Après un dur labeur, de répètes en maquettes

Un’ super’ diffusion sur  Vill’momble et Gagny

On le trouve au juke-box du couscous de Rosny.

 

J’aim’rais tous vous revoir un jour dans mon Paname

Où j’habite maintenant avec cell’ qu’est ma dame

On évoqu’rait l’passé, on ferait des projets

D’aller taper le boeuf chez Dédé d’Bagnolet (bis)

 

 

Ulysse Navet

 

Imper pas net, paire de lunettes, j'suis un privé.
Mais ma secrétaire s'est taillée avec la clef de l'immeuble et j'ai perdu le code.

Du coup, un peu poireau comme un Hercule sans travaux, je dis pouce, j'tape en touche et j'me licencie moi-même.
 

J'habite une piaule à l'hôtel de la gare.

C'est là qu'j'écris mon scénario sur une vieille Remington,

Tout un programme un vrai thriller.

Un vrai polar, écrit en vers... Et ça commence comme çà :

 

« Aux confins broussailleux , zones désaffectées

Survivent les peuplades que je dois inspecter

Je les piste à distance et j'avance masqué

Au milieu du chiendent, des orties, des stellaires

Je traverse des friches, je franchis des barrières

J'observe leurs enfants qui jouent dans la poussière...»

 

Voilà c'est tout... J'n'arriv' pas à aller plus loin...

 

Quand le café ne me fait plus d'effet, j'refais ma vie en écoutant la pluie tomber dans le lavabo.

 

La nuit comme une bouée se balance sur un tempo cardiaque pour insomniaque et moi je craque...

ma Lucky Strike...

en attendant l'aube écarlate du point du jour....

 

Prénom Ulysse, j'm'appelle Navet.

Ulysse Navet, j'suis un privé. Enfin j'étais...

 

Car ma secrétaire, ciré en skaï, lunettes d'écaille, a pris ma place.

 

Et moi ? Eh bien, je crois que j'vais m'finir

.... mon scénario.

 

 

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